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Galanterie, tu m’auras pas

1, juillet 2008

“Exit la fameuse galanterie française, un bel attrape-nigaudes et qui ne s’exerce jamais qu’à l’intérieur d’une classe. Avez-vous jamais vu un « Monsieur bien » prendre la valise d’une femme moche et pauvre avec un bébé dans les bras sur un quai de gare ? Si la fille est très jolie, il se précipite ; c’est tout juste s’il ne lui propose pas de porter son sac à main. Si c’est une « Dame bien », elle aussi, il arrive qu’on lui propose son aide selon une fréquence qui décroît inexorablement avec l’âge de la dame et une remontée au tout dernier carat , quand la mort n’est plus bien loin. Mais une vraie pauvre femme pas trop spectaculaire, simplement usée et lourdement chargée, pourra parcourir la longueur d’un train sans qu’un bras masculin se tende vers elle.

La dernière que j’ai vue, gare Montparnasse, était enceinte et portait un bébé dans les bras. Tous les 50 mètres, elle changeait son enfant d’épaule et sa valise de main. Ce n’était ni un objet érotique ni une bourgeoise. Dans ce train d’hommes d’affaires (le Goéland) où beaucoup ne portaient qu’un attaché-case, personne ne l’a seulement regardée : étant moche et fatiguée, ce n’était plus une femme.

Alors qu’on nous fasse grâce de la galanterie, brandie comme le privilège exquis de notre condition féminine : il ne s’agit que d’une manifestation de l’instinct sexuel.
La vraie chaleur humaine naît d’un sentiment plus franc et plus rare et qui n’a rien à voir avec le sexe”.

(B. Groult)

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