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Bitchy Bitch et les rudes études de Roberta

21, juillet 2008

Dans la série des anti-héros alternatifs, je tiens à vous présenter Bitchy Bitch (la « salope emmerdeuse », en français soutenu approximatif), incarnation type de la quarantenaire moderne frustrée par un quotidien Made in America qui ne lui convient guère…

Et l’on comprend tellement pourquoi au fil des pages qu’on en viendrait presque à se trouver pris en flagrant délit de compassion. En effet, notre Bitchy, de son vrai nom Midge Mac Cracken, n’a guère été épargnée par son entourage, à commencer par sa famille hypocrito-formatée composée d’un père intransigeant et aigri et d’une mère fantomatique aveuglée par une vision du convenable pétrie de catholicisme et de consommation à outrance, sans oublier le tonton Stanley, un tantinet pédophile (mais taisons cela et fêtons les Noëls dans une ambiance des plus répugnantes qui ne sont pas sans rappeler une certaine époque victorienne…).

De vacheries scolaires déplorables en incompréhensions notoires, notre Midge devenue adolescente tente de crever l’abcès de sa solitude en s’accrochant à un univers hippie émergeant, haï par ses conservateurs d’ascendants et particulièrement bien dépeint par l’auteure.

Car Roberta Gregory, clairvoyante féministe trop longtemps écartée des projets bédétiques de ses équivalents masculins (citons, au hasard, Crumb ou Shelton), n’épargne aucune strate de la société U. S, et donne plus généralement une coloration juste et pragmatique aux faits qui marquèrent l’occident de la seconde partie du XXème siècle.

Le lecteur averti accompagne donc, de réminiscences en réminiscences (Bitchy est hantée par son passé, qui semble s’acharner à la poursuivre), la victime semi-consentante d’un système ô combien pervers (les pires perversités n’étant pas toujours là où l’on croit) aux cours de tranches de vies qui tendent à montrer les difficultés qu’ont les femmes de l »avant-libération » à sortir du schéma patriarcal qui leur est esquissé. Soulignons au passage la réaliste et terrible scène de l’avortement clandestin qui, près de quarante ans après la révolution étudiante et l’émergence du M.L.F, ne peut que nous faire réfléchir sur les droits actuels des femmes…

On croit pouvoir à tort souffler davantage, dans le troisième opus (cule !) du genre (je n’ai malheureusement pas pu mettre la patte sur le deuxième), ironiquement intitulé Les Rudes Études De Roberta. Dans un graphisme un peu plus léché à mon goût, on retrouve, après un bref passage autobiographique permettant de distinguer le vécu estudiantin de la narratrice de celui de son personnage, notre Bitchy, délivrée du joug parental et visiblement prête à profiter de sa nouvelle liberté. Ce rêve universitaire, jalonné avant tout d’expériences groupusculaires et charnelles piètrement convaincantes, sera cependant de courte durée, notre étudiante étant, en dépit de son caractère quelque peu impulsif, parfois influencée par de brusques phases de lucidité.

(Chaminou, automne 2006)

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Le pouvoir d’achat des femmes ? Sarko s’en br*** !

16, juillet 2008

 

( Shiloune, juillet 2008 )

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« Ce n’est qu’un sac »…

4, juillet 2008

Aux informations, quelque chose m’a fait bondir.

Le titre était « ESPOIR » et le sujet parlait de la « gestation pour autrui ».

Vous avez dû entendre parler de cette possible nouvelle utilisation du corps des femmes. Eh oui, c’est comme ça quand on ne peut pas faire autrement, on gomme l’aspect exploitation de l’humain pour se dire qu’on avance.

On fait disparaître le terme de « mère porteuse » au profit de « gestation pour autrui », soi disant moins dégradant.

Les médias ont déjà un parti pris : c’est un espoir pour les couples qui ne peuvent pas concevoir d’enfants etc…

Il y avait aussi le témoignage d’une femme qui souhaitait y avoir recours : « on aide bien pour les problèmes de sperme et d’ovocytes, pourquoi on ne pourrait pas nous fournir le sac ? » Le sac en l’occurrence, c’est une femme…

 

(Shiloune)

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Galanterie, tu m’auras pas

1, juillet 2008

« Exit la fameuse galanterie française, un bel attrape-nigaudes et qui ne s’exerce jamais qu’à l’intérieur d’une classe. Avez-vous jamais vu un « Monsieur bien » prendre la valise d’une femme moche et pauvre avec un bébé dans les bras sur un quai de gare ? Si la fille est très jolie, il se précipite ; c’est tout juste s’il ne lui propose pas de porter son sac à main. Si c’est une « Dame bien », elle aussi, il arrive qu’on lui propose son aide selon une fréquence qui décroît inexorablement avec l’âge de la dame et une remontée au tout dernier carat , quand la mort n’est plus bien loin. Mais une vraie pauvre femme pas trop spectaculaire, simplement usée et lourdement chargée, pourra parcourir la longueur d’un train sans qu’un bras masculin se tende vers elle.

La dernière que j’ai vue, gare Montparnasse, était enceinte et portait un bébé dans les bras. Tous les 50 mètres, elle changeait son enfant d’épaule et sa valise de main. Ce n’était ni un objet érotique ni une bourgeoise. Dans ce train d’hommes d’affaires (le Goéland) où beaucoup ne portaient qu’un attaché-case, personne ne l’a seulement regardée : étant moche et fatiguée, ce n’était plus une femme.

Alors qu’on nous fasse grâce de la galanterie, brandie comme le privilège exquis de notre condition féminine : il ne s’agit que d’une manifestation de l’instinct sexuel.
La vraie chaleur humaine naît d’un sentiment plus franc et plus rare et qui n’a rien à voir avec le sexe ».

(B. Groult)

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Témoignage d’un avortement

30, juin 2008
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« Vieille fille »

29, juin 2008

Il me fait rire, le P’tit Robert Elec-tro-nique… Mais il a raison, la « vieille fille » est encore perçue comme cela !

VIEILLE FILLE : femme qui a atteint ou passé l’âge mûr sans se marier (péj., implique des idées étroites, une vie monotone).

Comme vous pouvez vous en douter, je trouve cela tronqué, en plus d’être rétrograde & hypocrite à souhait : à ériger, de manière indirecte quoiqu’avérée, l’union maritale comme idéal de vie pour les jeunes filles, on fait croire à celles-ci, et par extension, à la société toute entière, que les « vieilles filles » sont des frustrées qui ont raté leur vie {puisqu’elles n’ont jamais connu d’homme : ben oui, si elles sont seules, c’est qu’elles sont vierges (arriériste powa), les pôôôvres ! Et bien entendu, on ne s’imagine même pas une seule seconde qu’elles ont pu s’amuser avec des femmes ou quelqu’amant de passage, cela ne compte pas, voyons, quelle horreur}, qu’elles sont forcément laides & bornées ou encore, qu’elles en veulent à la terre entière, puisque – dois-je le rappeler – aucun homme ne leur a fait l’Honneur de s’intéresser à elles (ce qui est vraiment trop méga-top la honte, vous en conviendrez aisément).

Une image d’Épinal, de Senlis, de Tarascon (ou de n’importe quelle ville, finalement) me vient alors, celle de la catholique à verrues, sévère, rachitique et bossue, aussi sensuelle qu’un saucisson rassis (peut-être croupit-elle par ailleurs dans quelque bibliothèque poussiéreuse la semaine, attendant impatiemment la messe le dimanche, sa seule sortie à l’exception de la visite à sa brave mère moribonde, à laquelle demeure entièrement dévouée, car il faut bien être tout de même dévouée à quelqu’un, sinon à quoi l’on sert, non mais). Alors que la fière épousée se doit d’être resplendissante dans sa robe de jeune vierge à volants, puis derrière son tablier, toujours heureuse de servir son mari et ses enfants qu’elle aime tant. Manque plus que l’Ami Ricoré, tiens. Je le trouve franchement dégueulasse celui-là, mais bon, il a le mérite de rassembler toute la famille, et ça, c’est important.

Force est d’avouer que j’aime m’amuser avec les clichés, notamment parce-que je cerne ce qui se cache derrière depuis assez peu de temps. J’ai en effet longtemps cru que certaines de ces visions simplistes n’existaient plus que dans les villages les plus reculés, ou alors dans l’open-minded des plus de cent ans, abrutis par par le Bigdul et le Jour du Saigneur passés en boucle sur fond sevranesque avarié (remarquez, ils sont souvent sourdingues, alors ça se comprend à moitié). Cependant, il n’en est rien, aussi vrai que « finir seule » est encore vu ou vécu comme un échec pour la plupart. Je pense d’ailleurs être l’un des uniques cas du canton à qui cette situation, vue comme pathétique ou honteuse, ne me ferait rien, mais absolument rien du tout, tant ces appellations – outre le fait qu’elles ne risquent pas de m’atteindre (bien au contraire ;o)) – sont pour moi emplies de poils bleuâtres (= indices de la péremption), de rance, et de minous (= boules de poussière. On dit aussi des « moutons », dans nos contrées).

Le chemin de la Liberté, on le sait, est truffé d’embû-bûches, et nous savons qu’il reste encore beaucoup de choses à accomplir ou à préserver. Nous disposons cependant du luxe (!) de pouvoir ici CHOISIR (dans la mesure du possible, certes) le mode de vie qui nous sied. & même si depuis quelques temps, certains membres de ma famille me tannent avec ces histoires de vie à deux (on ne peut pourtant pas dire que ça leur a réussi, sincèrement), j’entends bien vivre comme je le souhaite, sans emmerder personne (et j’aimerais réciproque se fasse, tant qu’à faire), et loin des diktats à la noix de pécan qui me donnent de l’eczéma atypique, comme on dit.

Vivement que l’on m’appelle « vieille fille », tiens, je préfèrerai largement cela à un éventuel « Madame Robert Petit », qui sous-entendrait alors que, sans mon petit mari adoré que je dois chérir au quotidien, on me nie toute existence propre, toute individualité, toute personnalité… N’oublions pas non plus ce que l’on chuchote encore dans nos féroces campagnes : « La femme est faite pour l’homme, l’homme est fait pour la vie ! »

La « vieille fille » n’est pas une femme telle que certains barbons du machisme la conçoivent. Tant mieux, justement. Je signe des deux pattes (ces tares de TTC m’ayant appris à marcher sur celles de derrière), et les ferai parler. Une « fille », passé un certain âge, semble être encore, dans le langage commun, une bigote encroûtée, ou alors une pute. & si c’était simplement notre Libre Arbitre (qui c’est encore, celui-là ?) qui faisait peur ? :o)

Le non-nonos pas surnuméraire du tout*

(Chaminou, Mai 2007)

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Lettre au Préfet

28, juin 2008

« Monsieur le Préfet,

Je n’admets pas cette exclusion en masse des femmes, qui n’ont été privées de leurs droits civiques par aucun jugement. En conséquence, je laisse aux hommes qui s’arrogent le privilège de gouverner, d’ordonner, de s’attribuer les budgets, le privilège de payer les impôts qu’ils votent et répartissent à leur gré.

Puisque je n’ai pas le droit de contrôler l’emploi de mon argent, je ne veux plus en donner. Je ne veux pas être, par ma complaisance, complice de la vaste exploitation que l’autocratie masculine se croit le droit d’exercer à l’égard des femmes.

Je n’ai pas de droits, donc je n’ai pas de devoirs.
Je ne vote pas, je ne paye pas ».

(Hubertine Auclert, Lettre à la Préfecture de la Seine, 1876)